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Nosferatu Le Vampire (Chronique de la peste dans la ville de Wisborg)

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 nosferatu le vampire

Genre : horreur, épouvante
Année : 1922
Durée : 1h34

Synopsis : En 1838, Thomas Hutter, commis d’agent immobilier, quitte sa jeune femme Ellen pour le château du comte Orlok dans les Carpates. Là-bas, Hutter découvre que le comte est en fait Nosferatu le vampire et est victime des morsures répétées du monstre. Celui-ci quitte son château dans un cercueil rempli de terre et, après un voyage en voilier au cours duquel il décime l'équipage terrorisé, va prendre livraison de sa nouvelle demeure, située face à celle de Hutter et Ellen…    

La critique :

Si le nom de Friedrich Wilhelm Murnau rime invariablement avec le cinéma expressionniste allemand, le metteur en scène n'était pourtant pas destinéà embrasser une carrière cinématographique. Issu d'une famille plutôt opulente, le jeune adulescent s'oriente, de prime abord, vers des études d'histoire, en particulier l'histoire de l'art. Corrélativement, Murnau lutine et s'acoquine avec une troupe théâtrale. Il se découvre alors une dilection pour le noble Septième Art.
Mais la Première Guerre Mondiale éclate et Friedrich Wilhelm Murnau est mobilisé dans les troupes allemandes. La suite, vous la connaissez. L'Allemagne subit une cuisante défaite et plonge dans une période de déflation économique. Cette période de vaches maigres va largement alimenter la nouvelle peste à venir, celle qui verra poindre Adolf Hitler et ses "nazillards" quinze ans plus tard.

Au sortir de la guerre, Murnau enchaîne les longs-métrages dans une Allemagne largement mutilée et alanguie par les affres de l'impécuniosité ; soit autant de thématiques qui inspirent le cinéaste germanique. Les laudateurs du metteur en scène citeront aisément Satanas (1919), Le Bossu et la Danseuse (1920), Le crime du Docteur Warren (1920), La Marche dans la Nuit (1920), Le Fantôme (1922), Le Dernier des Hommes (1924), Tartuffe (1926), Faust, une légende allemande (1926), ou encore L'intruse (1930). En 1926, après les sorties quasi simultanées de Tartuffe et de Faust, une légende allemande, le nom de Friedrich Wilhelm Murnau est désormais connu dans le monde entier.
Opportuniste, le metteur en scène s'expatrie aux Etats-Unis pour tourner L'Aurore, un autre chef d'oeuvre lyrique et pictural. 

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Friedrich Wilhelm Murnau n'a jamais caché sa peur pour une menace indicible capable de dévoyer l'Allemagne vers d'étonnantes sinuosités. C'est dans ce contexte qu'il réalise Nosferatu le vampire en 1922. A l'origine, le film est une adaptation d'un opuscule, Dracula, de Bram Stoker. Mais pour des raisons d'ayants droit (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nosferatu_le_vampire), Murnau doit modifier l'intitulé de son long-métrage. Dracula se transmute alors en Nosferatu sous le visage blafard et comminatoire de l'acteur Max Schreck.
Ce rôle va ériger la notoriété du comédien dans le monde entier. Le visage de Max Schreck sera toujours associéà celui de Nosferatu même si ce dernier variera les hostilités dans la suite de sa carrière cinématographique.

Toujours sous l'aval de Murnau, Max Schreck tourne même dans une comédie, Les finances du Grand-Duc en 1924, soit deux ans après la sortie de Nosferatu le Vampire. Mais, encore une fois, le personnage de Nosferatu lui colle à sa besace, pour le plus grand désarroi du comédien. Viennent également s'agréger Gustav von Wangenheim, Alexander Granach, Greta Schröder, Georg H. Schnell, Ruth Landshoff et John Gottowt parmi la distribution du film. En outre, Nosferatu le vampire est aussi la toute première adaptation cinématographique de Dracula.
C'est sans aucun doute la meilleure version réalisée à ce jour nonobstant la présence d'autres classiques prééminents, entre autres le bien nomméDracula (Tod Browning, 1931), Le Cauchemar de Dracula (Terence Fisher, 1958) et bien sûr Nosferatu, fantôme de la nuit (Werner Herzog, 1979).

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Certes, aujourd'hui, Nosferatu le Vampire peut s'enhardir d'appartenir aux classiques incontournables du Septième Art. Pourtant, à l'époque, le film se nimbe d'un parfum de souffre et de scandale. Si l'oeuvre cinématographique de Murnau dénote par quelques dissimilitudes, le film reste, bon gré mal gré, une adaptation très fidèle du roman horrifique de Bram Stoker ; ce qui ne manque pas d'effaroucher la famille du célèbre cacographe. La veuve de Bram Stoker s'emploie pour que les copies du film soient détruites. Hélas, la requête de cette dernière est ouïe par l'industrie cinématographique.
A juste titre, Murnau fulmine. Conjointement, quelques copies et négatifs sont précieusement conservés et mis sous scellés. Après un long travail de restauration, le film retrouvera de sa splendeur et de son apanage bien des années plus tard et après avoir échappé miraculeusement aux roueries de la censure.

Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! (1) À Wisborgen 1838, Thomas Hutter, un jeune clerc de notaire ayant fait un heureux mariage avec Ellen, doit partir pour la Transylvanie afin de vendre une propriété au comte Orlok qui désire avoir une résidence dans la ville. Après un périple sur une terre d’ombres, le jeune homme est accueilli au sein d’un sinistre château par le comte. Durant la transaction, Orlok aperçoit une miniature d’Ellen qui le fascine et décide d’acquérir le bâtiment – proche de la maison du couple – qui lui est proposé.
Hutter, hôte du comte, ne tardera pas à découvrir la véritable nature de celui-ci.
Alors Nosferatu cheminera vers sa nouvelle propriété, répandant dans son sillage une épidémie de peste. Ellen, bientôt en proie aux mains griffues de Nosferatu qui la convoite, laissera le comte faire d’elle sa victime et sacrifie son sang au vampire pour sauver la ville frappée par la peste (1).

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Nosferatu le vampire débute sur ce prélude funeste et eschatologique : "Chronique de la peste dans la ville de Wisborg", soit la chronique d'une mort annoncée. Cette scansion mortifère revêt plusieurs significations inhérentes. Tout d'abord, cet aspect mortuaire se lit dans des paysages dépouillés et tuméfiés de leur substance originelle : des forêts atrophiées, une nature capricieuse et ineffable, une cité (la ville de Wisborg encore une fois...) en déshérence et frappée par l'impécuniosité, ou encore un vampire qui prend la forme d'un loup-garou pour terroriser la population locale...
Dans Nosferatu le vampire, chaque menu détail, chaque image et chaque saynète concourent à embrumer une oeuvre marquée par le sceau des ténèbres. C'est aussi la raison pour laquelle Murnau insiste autant sur cette dynamique du miroir et réverbération mentale.

Le vampire ne se tapit pas seulement dans la pénombre et peut apparaître à tout moment de façon sournoise pour mieux appréhender puis tarabuster sa proie. Ainsi, Nosferatu apparaît ponctuellement comme une ombre malfaisante (c'est par ailleurs l'affiche du film) annonçant des temps de terreur et de désolation. Son ombre frappe les divers protagonistes et plonge certaines personnes dans un état de léthargie ou de cataplexie (on ne sait pas très bien...) à priori inextricable. Au-delà de son aspect romantique, expressionniste et crépusculaire, Nosferatu le Vampire préfigure, dix années auparavant, une autre peste. En 1933, cette contagion pneumonique prendra hélas une forme politique, idéologique et antisémite. Indubitablement, Nosferatu le Vampire se veut être une allégorie mortifère de l'état de l'Allemagne quelques années après la fin de la Première Guerre mondiale.
Dans les années 1920, la population germanique est encore courroucée par cette cuisante défaite et de nombreux traités qui ont plongé toute une nation dans le chaos et dans une mort d'ores et déjà annoncée. Ce n'est pas un hasard si le film de Murnau a inspiré et engendré autant d'oeuvres, de comédiens et de réalisateurs proéminents. Qu'ils se nomment Francis Ford Coppola, Werner Herzog ou Terence Fischer, tous ces augustes cinéastes suivront doctement le didactisme de Nosferatu le Vampire.
En l'occurrence, il faudra attendre les années 2000 pour découvrir les vampires sous de nouvelles aspérités, cette fois-ci suédoises, avec un autre métrage presque aussi cérémonieux, j'ai nomméMorse de Tomas Alfredson en 2009.

 

Note :19/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nosferatu_le_vampire


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